Pierre Demaude : Le Frère Laurent (II), Le narcissisme et l’introspection

Catégories : Présence de Dieu

Après avoir vu la vie du frère Laurent, nous allons nous attarder sur quelques citations. Il a expressément demandé que rien ne soit publié à son sujet. Mais heureusement pour nous, sa volonté n’a pas été respectée.

Il existe une version numérique qui reprend l’ensemble des documents qui ne sont pas très nombreux : La théologie de la Présence de Dieu. Le texte date de 1710. Pour ceux qui préfèrent la version papier dans un français plus accessible, nous vous recommandons ce petit livre : Une vie dans la présence de Dieu, aux éditions Raphaël.

L’auteur souligne à juste titre que le frère Laurent évite deux grands pièges dans sa recherche d’une plus grande intimité avec Dieu : le narcissisme (une contemplation de soi) et l’introspection. « Nous sommes faits pour Dieu seul », nous dit le frère Laurent. « Il ne saurait trouver mauvais que nous nous quittions nous-mêmes pour nous occuper de lui. Nous verrons mieux en lui ce qui nous manque que nous ne l’apercevrons en nous par toutes nos réflexions… »

Le narcissisme

Notre christianisme occidental est souvent narcissique, centré sur le culte du « moi-je ». Notre manière de comprendre et de présenter l’Évangile en est grandement responsable. Nous annonçons un Jésus qu’il faut accepter dans son cœur pour avoir une vie épanouie… Jésus est la solution à tous nos problèmes ! Vraiment ? Oui d’un côté, l’Évangile offre effectivement une nouvelle vie complètement différente, mais avec son lot d’exigences.

Connaître Jésus va entraîner toutes sortes de nouveaux problèmes et particulièrement celui du rejet des autres. Ce n’est pas moi qui accepte Dieu, c’est Dieu qui m’accepte au travers de son Fils. Très vite, il faut prendre conscience que nous ne sommes pas le centre du monde. Le Seigneur ne nous doit absolument rien, pas même la guérison. Tout ce que nous recevons vient de la Grâce de Dieu.

S’il est normal que le ministère d’évangéliste présente la facette du Jésus qui sauve, pour grandir il est primordial d’aller plus loin. Reinhard Bonnke disait qu’il annonçait l’abc de la vie chrétienne, mais qu’il reste toutes les lettres à parcourir. Qu’il est malheureux de voir des enfants de Dieu au bout de 20 ans de conversion être toujours au stade de bébés spirituels !

« Dieu ne saurait trouver mauvais que nous nous quittions nous-mêmes pour nous occuper de lui. » Il faut déplacer notre regard, centré sur notre bien-être, pour le porter vers lui. Nous avons été créés pour adorer Dieu et l’adorer lui seul. C’est ce qui fait la différence entre un paroissien et un disciple.

L’introspection

« Nous verrons mieux en lui ce qui nous manque que nous ne l’apercevrons en nous par toutes nos réflexions… » Dans notre recherche sincère pour plaire à Dieu, nous tombons souvent dans l’introspection. Si le narcissisme est une contemplation de soi, l’introspection est « une observation systématique de la conscience d’un sujet par lui-même. »

Le christianisme évangélique prêche à juste titre le salut par la foi. Malheureusement il tombe souvent dans le piège de « la sanctification par les œuvres ». Si Christ est notre salut, il est également notre sanctification. « Or, c’est par lui que vous êtes en Jésus-Christ, lequel, de par Dieu, a été fait pour nous sagesse, justice et sanctification et rédemption. » 1 Corinthiens 1:30

Le problème commence très tôt, déjà au stade de l’évangélisation où nous faisons répéter la fameuse « prière du pécheur ». Nous demandons aux personnes de confesser leur état alors qu’il n’y a souvent eu aucune conviction de péché. C’est vrai que nous sommes pécheurs par nature, mais n’est-ce pas le rôle du Saint-Esprit de nous en convaincre ? « Et quand l’Esprit sera venu, il convaincra le monde en ce qui concerne le péché, la justice, et le jugement. » Jean 16:8 Malheureusement, nous ne voyons que rarement des manifestations tangibles de repentance.

Le Saint-Esprit le fait en utilisant la Loi. Mais il y a une dimension de révélation qui est beaucoup plus profonde que le juste respect des « Dix Commandements ». Notez bien que la première de ces ordonnances (aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme et de tout son esprit) est irréalisable par la nature humaine et par toute forme de religion.

L’introspection est une maladie. Nous ne sommes pas aptes à nous juger nous-mêmes, nous avons besoin d’un regard extérieur. Nous ne pouvons pas être juge et partie. On m’a appris à examiner ma vie à la lumière de la Parole. À prendre, par exemple, la liste du fruit de l’Esprit (Gal 5:22). S’il me manquait un élément (la patience, l’amour…) de prier à ce sujet et de faire tous mes efforts pour pallier à mes lacunes. C’est une démarche stérile qui ne résout rien ! Parce que c’est justement le fruit de l’ESPRIT, la conséquence de notre relation avec le Saint-Esprit qui produit ces choses.

Les accusations du diable sont une autre mauvaise source. Les chrétiens tombent sous des jugements ou des condamnations qui les paralysent. « Car il a été précipité, l’accusateur de nos frères, celui qui les accusait devant notre Dieu jour et nuit » Ap. 12:10. Ils laissent Satan les convaincre de péché. Mais il est par nature menteur ! De plus, il n’y a rien de libérateur dans ses reproches. C’est d’ailleurs ce qui caractérise et qui différencie l’œuvre de l’Esprit en nous. Christ libère et apaise notre conscience.

À la conversion « la prière du pécheur » conduit le chrétien à s’humilier pour un état dont il est rarement conscient. Et le phénomène se reproduit jour après jour. On entend les chrétiens demander pardon dans chacune de leurs prières. Dès qu’ils s’approchent de Dieu, les premières paroles sont : « Pardon Seigneur ! Pardon Seigneur ! Pardon Seigneur… » Cela devient un véritable vaccin contre une révélation de notre nature déchue. C’est le meilleur moyen pour empêcher le Saint-Esprit de nous convaincre. Nous court-circuitons son œuvre.

Le remède doit être radical. Nous devons arrêter de demander pardon à Dieu pour tout et n’importe quoi. Je sais que je suis un homme par nature pécheur et Dieu le sait aussi. Il n’a pas besoin qu’on le lui rappelle. La confession mécanique et systématique nous donne une illusion de bonne conscience, mais ne règle absolument rien.

Bien au contraire ! Nous demandons pardon pour des choses qui n’intéressent souvent pas Dieu. De plus, nous l’empêchons de nous révéler le domaine dans lequel il veut travailler notre sanctification. Un petit exemple vaut mieux qu’un long discours : lorsque nous évoquons la ville de Sodome, nous pensons immédiatement aux perversions sexuelles. Mais Ezéchiel 16:49 en a une autre approche : « Sodome avait de l’orgueil, elle vivait dans l’abondance et dans une insouciante sécurité, elle et ses filles, et elle ne soutenait pas la main du malheureux et de l’indigent. » Nous sommes obsédés par les péchés d’ordre sexuel et pouvons avoir une si bonne conscience par rapport à l’injustice sociale.[1]

Et si nous laissions le Saint-Esprit faire SON travail. Le laisser sonder nos cœurs et nos vies. Le laisser nous révéler les choses qui lui plaisent et celles qu’il veut traiter avec nous. Le psalmiste disait : « Sonde-moi, ô Dieu, et connais mon cœur ! Éprouve-moi, et connais mes pensées ! Regarde si je suis sur une mauvaise voie, et conduis-moi sur la voie de l’éternité ! » Psaumes 139:23-24

Faites cette expérience. Exposez-vous à Dieu en arrêtant de faire de l’introspection. Demandez-lui ce que lui pense de vous sans avoir votre liste des choses à changer. Attendez-vous à ce qu’il vous réponde, parfois tout de suite ou parfois un peu plus tard dans une situation critique. Vous allez faire des progrès fulgurants. Votre santé spirituelle s’en portera beaucoup mieux.

« Nous sommes faits pour Dieu seul. Il ne saurait trouver mauvais que nous nous quittions nous-mêmes pour nous occuper de lui. Nous verrons mieux en lui ce qui nous manque que nous ne l’apercevrons en nous par toutes nos réflexions… »

 


[1] Il ne s’agit pas de nier la débauche sexuelle de ces villes.

Auteur :Pierre Demaude

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